club des métiers d’art et d’artisanat du togo

L’ENSAD au Togo avec Kente Project, le club des Métiers d’Arts et d’Artisanat du Togo et l’Atelier Tayé Tayé

juin 18, 2018 8:11

Les objets de l’exposition sont le résultat d’un workshop de co-création qui a eu lieu du 28 mai au 2 juin au Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo et à l’Atelier Tayé Tayé, à Lomé, Togo. Ces objets traduisent, expérimentent et valorisent l’intelligence de la main togolaise et la qualité des échanges que les élèves de troisième année de la spécialité Design Objet de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris ont pu établir avec la culture locale.

 

Durant le workshop les jeunes designers ont été soutenus pédagogiquement par l’expertise de la designer Estelle Yomeda, fondatrice du label Kente Project, et de la designer

Mablé Agbodan, fondatrice du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo.

 

Il s’agit d’objets à la fois utilitaires et sensibles, capables de questionner et solutionner des problématiques locales mais qui par leur intuitivité et leur langage formel deviennent universels, symboles de la rencontre entre les deux cultures.

Les objets réalisés devaient être démontables, si possible multi-fonction et facilement transportables.

Les étudiants et les artisans ont utilisé des matériaux de nature très hétéroclite comme le bois d’ébène mais aussi des palettes, différents textiles pour la plupart recyclés, des éléments végétaux locaux, de l’argile, de la bâche et du cuir afin de combiner et valoriser différentes formes d’artisanat et savoir-faire togolais.

1 / Lundi Jeudi Samedi / Tchora Yaora Mèmèra

un objet issu des conversations entre

Kelly Eng et Marie Piplard

et les artisans Credo Dokunor, Clement Anadi et Marcel Attiogbe, menusiers, Justine Séssou et Juliette Lawson couturière, Idrissa Souley, cordonnier du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo pour la conception de l’objet et l’échange créatif

L’objet est né d’un dialogue enrichissant entre les différents acteurs  suite à une première observation et analyse du contexte du marché Asigamé à Lomé de la part des étudiantes. A l’issue de cette conversation qui a permis de comparer différentes typologies de marchés locaux, les artisans et les élèves ont convenu de la nécessité de proposer plus de mobilité dans la mise en place des étalages d’exposition afin de faciliter à la fois le déplacement de la marchandise et des éléments du stand  depuis l’habitation du vendeur, ainsi que l’installation de ce dernier sur le lieu de vente.

Les éléments qui composent le module en bois, corde et textile, s’imprègnent du savoir faire togolais sur le plan formel mais aussi dans le choix des matériaux.

Ce dispositif modulaire et nomade, issu d’une analyse très locale, a cependant un caractère universel car il peut aussi aisément trouver sa place dans un cadre plus domestique et occidental.

 

 

2 / Ça roule ! / Éléson

 un objet issu d’une conversation entre

Marie Danet et Joanna Maroko

et les artisans Idrissa Souley, cordonnier du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo pour la conception de l’objet,

Credo Dokunor, menuiser et les couturières du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo,  pour l’échange créatif

L’objet est issu d’une riche conversation avec les artisans autour de la particularité du transport de marchandises des femmes togolaises. Après plusieurs déplacements dans les marchés et les rues de Lomé, les étudiantes ont constaté que le déplacement de charges excessivement lourdes se fait la plupart du temps sur la tête tout au long de la journée.

L’objet co-conçu facilite les trajets des femmes grâce à sa double fonction : un sac qui peut être aisément déplacé grâce à sa structure roulante mais pouvant aussi être utilisé comme sac à dos. L’objet est principalement composé de matériaux recyclés tels que les sacs de marchandises en toile de jute, du tissu 100% coton et des palettes. La modularité de cet objet pensé pour les femmes togolaises s’adaptera parfaitement à un contexte occidental de plus en plus nomade.

 

3 / À table ! / Midunu

un objet issu d’une conversation entre

Eve Lerouge et Lily Saillant

et les artisans Franc Edah et Kokou Sogbadzikokou, tapissiers du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo, pour la conception de l’objet,

Idrissa Souley, cordonnier, Reine Affognon, coutourière et Clément Anadi, menuiser du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo,  pour l’échange créatif

L’objet est né d’un riche échange avec les artisans suite à l’observation faite dans un premier temps par les élèves de la convivialité proposé par les différents rituels de repas togolais. Ce dialogue a permis d’approfondir notamment la relation et la valeur d’échange que chaque membre de la communauté établi autour  du repas en ville et au village et de déterminer les différences radicales entre ces deux lieux.

Les élèves on notamment constaté l’absence de communication et de partage lors du repas dans un cadre plus urbain  et la présence naturelle de convivialité dans un contexte plus rurale.

Dans les villages au Togo, par exemple, le partage de nourriture constitue le moment privilégié pour  résoudre les conflits et renforcer les liens au sein de la communauté.

L’objet “A table, midunu” se veut de réintroduire un rituel de partage au moment du repas en ville en proposant un moment convivial autour d’un plat commun. L’objet circulaire propose en son centre un socle en textile pour la marmite et des assises modulaires concentriques en textile et natte végétale. L’objet, inspiré par le mode de vie togolaise, est destiné principalement à un usage extérieur, même si peut aisément trouver sa place dans un  contexte occidental extérieur.

 

4 / Éloge Batik/ Po-mla Batik

un objet issu d’une conversation entre

Marianne Blanco, Chloé Heslon et Caroline Michaud

et les artisans Steven Agbetoglo et Amélie Akogonya, ébénistes et Attobian Yaovi dit Ayor, batikeur, à l’Atelier Tayé Tayé pour la conception de l’objet et l’échange créatif

L’objet est né de la rencontre et des riches échanges avec les artisans autours de l’importance de la valeur symbolique qu’on attribue aux images et aux objets. La conversation c’est vite concentrée  autour de la problématique du métier de batikeur et de l’éventualité de rendre sa pratique plus variée, optimisée et nomade.

L’objet réalisé constitue une réinterprétation et une amélioration du tampon traditionnellement utilisé pour les impressions batik. Sa valeur ajoutée se situe dans la variété des motifs proposés, la rationalisation de son usage et l’anoblissement de l’outil par sa matière, l’ébène. Sa forme cubique lui confère un statut sculptural et ses 5 faces lui permettent d’obtenir une infinité de motifs et de combinaisons aujourd’hui pas encore explorés. Les motifs représentent des éléments de la flore et de la faune locale symbolisant des valeurs universelles et des ressources locales précieuses. La beauté de l’objet et l’économie de moyens employés permettent à la fois de valoriser le métier du batikeur et de diffuser sa pratique au delà des frontières africaines.

 

5 / Goutte / Esi kui

un objet issu d’une conversation entre

Alexis Foiny

et les artisans Akoko Catherine Agbodan, Béatrice Adonsou et Brigitte Assogbavi, brodeuses, du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo pour la conception de l’objet et l’échange créatif

L’objet est issu des riches échanges établis avec les couturières et les brodeuses du Club des métiers d’Art du Togo mais aussi avec le chef du village de Wogba. L’un des sujets les plus sensibles pour la population africaine est sans doute l’accès à l’eau et notamment l’eau potable. La problématique de l’eau potable est assez complexe et à l’origine de la plupart des maladies identifiées dans les différents dispensaires du territoire. Pour faire face à ce problème ils existent des nombreuses méthodes ancestrales malheureusement peu connues pas les jeunes générations.

L’objet réalisé révèle et valorise l’efficacité des méthodes traditionnelles pour la filtration de l’eau, tout en proposant un aspect et une fonctionnalité qui peut parfaitement s’adapter à un contexte occidentale. Le fonctionnement de l’objet nécessite peu de moyens car il est assuré  uniquement  par sa matière primaire végétale, la calebasse. Le filtre naturel est posé sur un pot en argile qui permet de conserver la fraicheur de l’eau.  Sa valeur ajoutée se situe dans l’anoblissement apporté par la broderie et le langage formel contemporain. Ils s’agit a la fois d’un objet décoratif et éducatif, capable de transmettre et de communiquer un savoir faire ancestrale par un approche durable universelle.

 

6 /  Super séchage de poisson/  Lanvi sianou tohê

un objet issu d’une conversation entre

Caroline Michaud

et les artisans Steven Agbetoglo et Amélie Akogonya, ébénistes, à l’Atelier Tayé Tayé pour la conception de l’objet

et Ayicah Mawussi, poissonnière, et l’ensemble de la famille de sécheurs de poisson pour l’échange créatif.

L’objet est né de nombreuses rencontres successives avec des vendeuses de poisson séché suite à une première observation et analyse du contexte du marché Asigamé à Lomé.

A l’issue de ces conversations qui ont permis d’analyser les multiples problématiques lié à la pratique locale du séchage de poisson jusqu’à sa vente, les artisans et l’élève en ont conclus de la nécessité de revisiter la pratique afin d’améliorer l’hygiène du dispositif, la qualité du séchage et du ramassage des poissons jusqu’à leur étalage sur le lieu de vente.

Les éléments qui constituent l’objet, et en particulier ceux en bois de nim sculpté,  rendent hommage  au savoir faire togolais et valorisent à la fois le métier ancestral du séchage et l’intelligence de la main de l’artisan.

La simplicité de cet artefact nomade nait du véritable engagement de l’étudiante à le rendre viable, immédiatement utilisable et repliable par ses utilisateurs.

L’objet, issu d’une analyse très locale, a cependant un caractère universel et pourrait aussi aisément trouver sa place dans un cadre occidental.

 

Conception:

  • Anna Bernagozzi, Professeur de théorie du design et Référent Master Design Objetde l’ENSAD
  • Estelle Yomeda, Designer, Fondatrice de Kente Project pour la valorisation de l’Artisanat du Togo
  • Mablé Agbodan, Designer et Architecte d’intérieur, Directrice et fondatrice du Club des Métiers d’Art et d’Artisanat du Togo

 

Scénographie:

Les élèves de troisième année de la spécialité Design Objet de l’ENSAD

Coordination:

Anna Bernagozzi, Professeur de théorie du design et référent Master Design Objet de l’ENSAD

 

Les moments forts du workshop l’ENSAD au Togo avec Kente Project, le club des Métiers d’Arts et d’Artisanat du Togo et l’Atelier Tayé Tayé